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Une étude de l’Apocalypse

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Une étude de l’Apocalypse

Le livre biblique intitulé Apocalypse de Jean paraît mystérieux à beaucoup. Pourtant, il a beaucoup à nous apprendre!

Date et contexte de rédaction

L’auteur de l’Apocalypse est assez unanimement identifié comme le disciple Jean, frère de Jacques, devenu apôtre et auteur de l’Evangile et des lettres qui portent son nom. Il exerçait un ministère à Ephèse, ville d’Asie Mineure (région des Eglises auxquelles sont adressées les missives des ch. 2–3).

D’après Irénée, l’Apocalypse a été écrite à la fin du règne de Domitien, vers 95 apr. J.-C. On trouve en effet dans le texte des indications qui laissent supposer:

  • des persécutions locales et limitées dans le temps contre les chrétiens (1.9; 2.10);
  • la mise à mort de certains pour leur foi (2.13; 6.9; 17.6; 18.24; 19.2);
  • l’existence du culte de l’empereur (13.4, 15-16; 14.9-11; 15.2; 16.2; 19.2; 20.4).

Genre littéraire

L’Apocalypse mélange 3 genres littéraires: l’épître, le genre apocalyptique et la prophétie.

  • En tant qu’épître (1.4), elle est adressée à des chrétiens précis vivant en un certain lieu à un moment donné; le mode épistolaire était couramment employé à l’époque pour dispenser un enseignement.
  • En tant que prophétie (1.3), elle adresse un avertissement solennel et un encouragement à l’Eglise.
  • En tant qu’apocalypse (1.1), elle incorpore la vérité chrétienne dans une imagerie complexe et parle d’un déroulement de l’histoire.

Le genre apocalyptique s’est développé au 2e siècle av. J.-C. dans les milieux juifs, dans un contexte de persécution. Il s’agissait d’écrits attribués à des personnages célèbres (souvent des patriarches) morts depuis longtemps, et présentant les caractéristiques suivantes:

  • révélations concernant les réalités célestes, extraterrestres;
  • intérêt appuyé pour le cosmos, l’histoire universelle (pas de limitation à Israël);
  • insistance sur le contrôle absolu exercé par Dieu;
  • pessimisme, qui est absent de l’Apocalypse;
  • usage d’images, de réseaux de symboles, de chiffres symboliques, qui fait qu’on pourrait le comparer à un film ou une B.D.

Dans la Bible, on appelle «apocalypse» certains passages: Joël 3–4; Esaïe 24–27; 34–35; Ezéchiel 38–39; Daniel 7–12; Zacharie 9–14. Mais certains considèrent que cette appellation ne se justifie pas totalement.

L’interprétation

La présence de symboles

L’Apocalypse recourt abondamment aux symboles, c’est-à-dire aux représentations conventionnelles d’une chose ou d’une pensée (cf. 1.1 sêmainô, verbe grec traduit par «faire connaître» qui est de la même racine que le mot pour «signe»). L’interprétation ne doit pas négliger le rattachement à l’Ancien Testament, car Jean y fait abondamment référence.

Quels sont les avantages du langage symbolique?

  • Il permet de dresser un tableau frappant de la vérité que l’on veut faire passer.
  • Il permet de parler de l’Etat persécuteur de façon suffisamment codée pour ne pas risquer d’ennui (parler de Babylone au lieu de Rome, cf. 1 Pierre 5.13).

L’Apocalypse a emprunté ses symboles à tous les domaines de la nature et de la vie:

  • règne animal (lion, léopard et ours, chevaux, agneau et veau, sauterelles, scorpions et grenouilles, aigles et vautours, oiseaux et poissons);
  • règne végétal (arbres, herbe);
  • agriculture (moisson, vendange);
  • vie des grandes villes et des armées;
  • commerce et différents métiers.

Certains de ces symboles sont expliqués dans le texte:

  • chandelier = Eglise 1.20;
  • sept lampes et sept yeux = sept esprits de Dieu 4.5; 5.8; 7.9, 13-14;
  • sept têtes de la bête = sept collines ou sept rois 17.9-10;
  • lin fin et blanc = actions bonnes des fidèles 19.8.

Certains de ces symboles sont tirés de l’Ancien Testament:

  • arbre de la vie 2.7; 22.2;
  • manne cachée 2.17;
  • sceptre de fer 2.27;
  • étoile du matin 2.28;
  • clé de David 3.7.

D’autres symboles ne sont pas expliqués (caillou blanc 2.17; colonne 3.12; 24 anciens 4.4ss; sept sceaux 5.1; 6.1; deux témoins 11.3ss; femme revêtue du soleil 12.1, 2, 14ss).

Les lignes d’interprétation principales

On relève habituellement 4 lignes d’interprétation de l’Apocalypse.

  1. Interprétation futuriste ou eschatologique
    Les événements des ch. 4–22 décrivent des personnes et des événements réels qui surviendront sur la scène du monde lors des temps de la fin, après l’enlèvement de l’Eglise.
    - Cette interprétation a été lancée par le jésuite Fr. Ribeira en 1591 pour contrer les protestants qui voyaient dans Babylone l’Eglise romaine et dans l’Antichrist le pape. Il prétendait que l’Apocalypse parlait uniquement des derniers 3,5 ans avant le retour de Christ.
    - Le livre ne concerne pas directement ses lecteurs, il a uniquement une valeur informative.
    + Il est indiscutable que certains événements mentionnés dans l’Apocalypse n’ont pas encore eu lieu.

  2. Interprétation historiciste
    L’ensemble du livre présente une vision panoramique de l’histoire du monde et de l’Eglise, de l’époque apostolique jusqu’à maintenant. Exemple: les ch. 2–3 = ère apostolique; ch. 4–7 temps des martyrs, de Néron à Domitien; 8.1–11.18 les pères de l’Eglise et leurs antagonistes envahisseurs; 11.19–14.20 les saints vivant dans la virginité auxquels s’opposent les Sarrasins; 15–18 combat de l’Eglise contre Babylone, l’Empire dégénéré; 19.1-21 l’Antichrist et sa défaite; 20.1-10 règne de mille ans; 20.11–22.21 jugement dernier et état éternel.
    + Cette interprétation souligne la souveraineté de Dieu comme maître de l’histoire.
    - Chacun met sous les symboles les événements et les personnes qui l’arrangent: pour les uns, la bête c’était le pape, pour les autres c’était Luther ou Calvin. C’est la porte ouverte à l’arbitraire.
    - On ne voit pas trop l’intérêt du livre pour ses premiers lecteurs, ses destinataires.

  3. Interprétation prétériste
    L’Apocalypse renvoie aux événements du 1er siècle dans l’Empire romain, époque de la rédaction. Exemple: ch. 13–19 = règne de Néron; ch. 11 = destruction de Jérusalem; ch. 12 = naissance de Jésus; ch. 17–18 = Rome avec ses sept premiers empereurs (sept têtes de 17.9-10).
    + Cette interprétation rappelle que l’Apocalypse avait un sens pour ses premiers lecteurs.
    - Elle néglige l’aspect prophétique du livre.

  4. Interprétation idéaliste
    L’Apocalypse est un livre symbolique dans lequel l’auteur exprime des vérités spirituelles à l’aide d’images. Les symboles ont une portée universelle, ils s’appliquent donc à l’Eglise de tous les temps, et non à une période particulière du passé ou de l’avenir. L’Apocalypse décrit le conflit entre l’Eglise et le mal, mais sans renvoyer à des événements précis.
    + A chaque moment de son existence, l’Eglise peut s’appliquer les leçons de l’Apocalypse.
    - Cette interprétation ignore l’aspect prophétique prédictif de l’Apocalypse.

Le mieux consiste probablement à éviter de s’enferrer dans une interprétation et prendre la peine de consulter des ouvrages divers.

Plan de l’Apocalypse

Plusieur plans ont été proposés pour l’Apocalypse, en fonction de l’importance attachée à tel ou tel élément.

S. Romerowski

Le verset 1.19 donne les grandes lignes du plan de l’Apocalypse, en trois parties (ce que tu as vu, ce qui est, ce qui doit arriver ensuite). Le livre se compose en outre d’un certain nombre de cycles, comprenant chacun sept éléments, et que l’on appelle, pour cette raison, des septénaires. Il y en a sept. Le début d’un certain nombre de cycles est signalé par la vision d’un objet ou par une expression utilisant des verbes comme «voir», «regarder», «montrer» (4.5; 8.5; 7 fois dans 11.19–15.4; 15.5; 17.1; 19.11; 21.9)

I. Ce que tu as vu 1.1-20 Introduction et vision de Jean

II. Ce qui est 2.1–3.22 1° Les sept lettres aux sept Eglises

III. Ce qui doit arriver ensuite 4.1–8.1 2° Les sept sceaux

8.2–11.18 3° Les sept trompettes

11.19–15.4 4° Les sept visions

15.5–16.21 5° Les sept coupes

17.1–19.10 6° Les sept paroles de jugement

19.11–21.8 7° Sept visions de victoire de Christ

21.9–22.21 La nouvelle Jérusalem

Tenney

Une structure littéraire basée sur la récurrence de l’expression «en Esprit» peut être proposée (1.10 Je vis en Esprit; 4.2 Je fus ravi en Esprit; 17.3; 21.10 Il me transporta en Esprit).

I. Prologue 1.1-8 Le Christ qui communique

II. 1e vision 1.9–3.22 Le Christ dans l’Eglise

III. 2e vision 4.1–16.21 Le Christ dans l’univers

IV. 3e vision 17.1–21.8 Le Christ conquérant

V. 4e vision 21.9–22.5 Le Christ dans l’état éternel

VI. Epilogue 22.6-21 Le défi du Christ

J. MacArthur

I. Ce que tu as vu 1.1-20

II. Ce qui est 2.1–3.22

III. Ce qui arrivera ensuite 4.1–22.21

A. Adoration dans le ciel 4.1–5.14

B. La grande tribulation 6.1–18.24

C. Le retour du Roi 19.1-21

D. Le millénium 20.1-10

E. Le jugement du trône blanc 20.11-15

F. L’état éternel 21.1–22.21

Le message de l’Apocalypse

Le livre porte un titre: révélation de Jésus-Christ, qui peut être compris comme révélation faite par Jésus ou révélation dont Jésus est l’objet.

Le livre décrit Jésus comme le Fils de Dieu élevé, glorifié, qui exerce un ministère parmi les Eglises (1.10ss), comme le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts et le dominateur sur les rois de la terre (1.5), comme l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin (1.8), celui qui est, qui était et qui vient, le tout-puissant (1.8), le premier et le dernier (1.11), le Fils de l’homme (1.13) par opposition aux bêtes, celui qui était mort mais qui est vivant pour toujours (1.18), le Fils de Dieu (2.18), celui qui est saint et vrai (3.7), le lion de la tribu de Juda (5.5), l’agneau dans le ciel qui a autorité (6.1ss), l’agneau sur le trône (7.17), le Messie qui régnera pour toujours (11.15), la Parole de Dieu (19.13), le roi des rois et le Seigneur des seigneurs qui revient en gloire pour l’emporter sur ses ennemis (19.11ss), la racine et le rejeton de David, l’étoile brillante du matin (22.16).

Le livre présente une philosophie de l’histoire: malgré la résistance des puissances mauvaises, Dieu accomplit ses plans dans l’histoire humaine qu’il conduit vers un but. Ainsi il exerce ses jugements sur ceux qui s’opposent à lui et à son peuple, remporte la victoire sur le mal, protège ses fidèles déjà maintenant et leur réserve un avenir merveilleux. Ce but de l’histoire est décrit pour orienter le présent des croyants et pour inciter à la fidélité malgré les épreuves.

Le livre insiste sur la souveraineté de Dieu. L’expression «il lui fut donné» ou «Dieu lui donna» apparaît 17 fois (2.21; 6.8; 7.2; 9.3, 5; 11.2; 13.4, 5, 7, 14, 15; 16.6, 8; 19.8; 20.4); recevoir le pouvoir ou l’autorité 11 fois (2.26, 27; 6.4, 8; 9.3; 11.3, 6; 13.4, 5, 7; 17.12; 20.4).

Interprétation de quelques symboles

  Semeur J. H. Alexander J. MacArthur S. Romerowski
ch. 4 les 24 anciens les 12 tribus + les 12 apôtres = l’ensemble des rachetés de l’ancienne et de la nouvelle alliance l’ensemble des rachetés de l’ancienne et de la nouvelle alliance les rachetés, mais l’Eglise, pas Israël, car la nation n’a pas encore été sauvée, glorifiée et couronnée le peuple de Dieu de l’ancienne et la nouvelle alliance, ou le super Israël, c.-à-d. le peuple de la nouvelle alliance
ch. 7 les 144 000 le peuple de Dieu, pas forcément distinct de la foule de 7.9 des Israélites devenus serviteurs de Dieu et marqués de son sceau, le reste d’Israël le corps missionnaire des Juifs rachetés qui sont l’instrument du salut de nombreux Juifs et païens durant la Tribulation 12 x 12 = super Israël, nouveau peuple de Dieu de la nouvelle alliance, l’Eglise militante, minoritaire dans le monde (la foule de 7.9 représentant l’Eglise triomphante)
ch. 11 les deux témoins la communauté des croyants, appelée à transmettre le message de Dieu Elie et Moïse, de retour des individus auxquels Dieu accordera pouvoir et autorité pour prêcher un message de jugement et de salut durant la 2e moitié de la Tribulation les saints, c.-à-d. l’ensemble des croyants, des membres des Eglises
ch. 12 la femme qui accouche l’humanité dans son rapport avec Dieu Israël Israël la Jérusalem céleste: d’abord la communauté d’Israël, de laquelle est issu le Messie; après la venue du Messie le nouvel Israël, l’ensemble des croyants, l’Eglise
ch. 13 le nombre 666

Jean invite plus à la sagesse et à la réflexion qu’au décodage

l’homme-Antichrist avec ses limitations et ses faiblesses, qui n’arrivent jamais à Dieu l’imperfection humaine: le plus puissant de tous les hommes restera désespérément un homme chiffre de l’insuffisance, de la médiocrité
ch. 20 mille ans chiffre certainement symbolique: la plénitude des temps

le règne terrestre de Christ (millénium)

le règne de 1000 ans de Christ sur la terre après son retour le temps que nous vivons actuellement